La pratique avancée en kinésithérapie : Des kinés spécialisés aux côtés des médecins pour une prise en charge optimale

La pratique avancée en kinésithérapie ouvre de nouvelles perspectives pour améliorer la prise en charge des patients. Alors que la pratique avancée est théoriquement ouverte à tous les auxiliaires médicaux depuis 2020, les kinésithérapeutes s’y intéressent de près.


La kinésithérapie en pratique avancée en France

 
De quoi s’agit-il ?

Selon Anthony Demont, kinésithérapeute, la kinésithérapie en pratique avancée permet à certains kinésithérapeutes, sur la base de leur expérience et de leurs compétences spécialisées, d’avoir plus d’autonomie dans leur prise en charge des patients.

La pratique avancée en kinésithérapie implique l’acquisition et l’utilisation de compétences spécifiques, dépassant le cadre traditionnel de la profession. Il s’agit notamment de formuler des primo-diagnostics, de prescrire des examens et d’interpréter les résultats, en particulier dans des domaines spécialisés tels que la neurologie, coordonner les parcours patients, transmettre des avis d’expertise, ou encore réaliser des actes thérapeutiques comme la prescription et la surveillance de traitements médicamenteux. Pour la Dr Maeva Ferrari, spécialiste en médecine physique et de réadaptation, cette évolution vise à valoriser le rôle des masseurs-kinésithérapeutes dans la prise en charge des patients, en complément des traitements médicamenteux.


Dans quel contexte la pratique avancée des kinés s’inscrit-elle ?

Depuis 2014, la loi Touraine a prévu que tous les auxiliaires médicaux puissent exercer en pratique avancée. Après une première expérimentation menée avec les infirmiers, les kinésithérapeutes se sont engouffrés dans la brèche. En Île-de-France, l’URPS Kiné a ainsi mené en 2022-2023 une étude de « preuve de concept » sur le sujet, en lien avec l’Agence Régionale de Santé.


A lire également: Les équipes de soins coordonnées autour du patient vont enfin être expérimentées


Où en est l’expérimentation ?

Cette étude a permis d’identifier de nombreux besoins de soins pouvant justifier la kinésithérapie en pratique avancée, ainsi que les compétences et rôles qui pourraient être dévolus à ces nouveaux professionnels. Plus de 10 parcours de soins ont ainsi été co-construits avec les équipes, dans des domaines variés (appareil locomoteur, neurologie, gériatrie, pneumologie). L’objectif est désormais d’accompagner la mise en œuvre concrète de ces référentiels dans les établissements volontaires.


A lire également: Convention Kinésithérapeute : l’avenant 7 signé, décryptage


Des bénéfices pour les patients et les équipes soignantes

 

Au-delà de l’autonomie accordée à certains kinés, la pratique avancée vise à apporter une réelle plus-value pour les patients. « Le masseurs-kinésithérapeutes en pratique avancée sera formé aux signes de déstabilisation et saura quand la situation sort de son champ de compétence. Il pourra donc orienter le patient au bon moment », explique Anthony Demont.

Pour la Dr Ferrari, cette évolution permet également de faire monter en compétence l’ensemble de l’équipe soignante. « Cela nous permettrait à nous aussi de nous poser des questions plus pointues, d’avancer dans notre réflexion, et donc de monter également en compétences de notre côté », souligne-t-elle.

Dans une démarche d’accès aux soins, la pratique avancée en kinésithérapie est aussi un moyen de réduire pour les patients les temps d’attente afin obtenir un rendez vous médical et ainsi améliorer le traitement des patients.


A lire également: Accès aux soins: Lever les barrières économiques pour garantir l’accès aux soins pour tous


Des défis à relever pour une mise en œuvre réussie

 

Malgré ces bénéfices attendus, la mise en place de la pratique avancée en kinésithérapie n’est pas sans soulever quelques défis. La formation des professionnels, le modèle économique et l’acceptation des autres acteurs de santé sont autant d’éléments clés à prendre en compte.

La création d’un nouveau titre d’exercice pour les masseurs-kinésithérapeutes en pratique avancée est envisagée. Cela passerait par une formation universitaire complémentaire, permettant d’acquérir les compétences médicales nécessaires. Cette formation doit trouver le juste équilibre entre une montée en compétences rapide et un temps de stage pratique suffisamment long. Le financement de cette formation, ainsi que de la rémunération des kinés en pratique avancée, sera également primordial.

Enfin, l’acceptation de cette nouvelle pratique par l’ensemble des professionnels de santé, notamment les médecins généralistes, représente un défi à part entière. Là encore, la collaboration et la complémentarité seront essentielles pour que cette évolution soit un succès.

Bien que la pratique avancée en kinésithérapie soit encore à ses débuts en France, elle ouvre la voie à de nouvelles perspectives pour une prise en charge plus efficace et plus spécialisée des patients. Avec l’appui des pouvoirs publics et la mobilisation des professionnels de santé, cette évolution de l’exercice kinésithérapique pourrait prochainement se concrétiser, au bénéfice de tous.


A lire également: Les kinésithérapeutes en première ligne pour instaurer une nouvelle consultation préventive d’accès direct


Paymed

Des solutions adaptées aux problématiques d’encaissement des honoraires des professionnels de santé et à l’exercice libéral.